Plus on me demandait de ne plus y penser, plus j'y pensais. Plus on me demandait d'arrêter de poser des questions, plus j'en posais. Plus on me de demandait d'oublier ça, plus je m'y intéressais. Etais-je le seul à ne pas savoir, ou bien le seul à vouloir savoir ? Tous ces gens qui m'entouraient, le savait-il seulement ? Pourquoi tant de réactions différentes quand j'essayais d'en parler ? Pourquoi ce silence obstiné à ce sujet ? Etait-ce la peur ? La honte ? Avaient-ils reçu l'interdiction d'en parler ou se l'interdisaient-ils eux-mêmes ? Mais moi je voulais savoir pourquoi. Plus je grandissais, plus cela m'étouffait.
Je décidai d'y consacrer ma vie, de ne pas rendre le dernier souffle avant d'avoir tout mis en oeuvre pour enfin savoir pourquoi. Cette décision redonna une ardeur nouvelle à mes questionnements. Je voyageais dans le monde entier pendant la nuit, je passais chacune de mes journées à interroger les gens, à essayer de découvrir pourquoi. Je ne mangeais plus, ne dormais presque pas, tant ce désir de savoir me dévorait de l'intérieur.
J'ai rencontré des milliers de personnes dans mes voyages, j'ai découvert beaucoup de choses. Mais jamais personne ne voulu m'en parler, m'expliquer. Les gens devenaient disants avec moi, fuyants. J'étais gênant, je le sentais. Mon refus d'accepter sans comprendre comme tout le monde, dérangeait la bonne organisation du monde, de cette société qui m'emmurait dans un silence décourageant.
Où que j'aille maintenant, je ne trouvais plus que des visages fermés, des regards durs. Je ne voulais pas abandonner. Je voulais savoir. Mais j'étais à bout de forces. Je sentais que la société ne m'apporterait jamais la réponse à mes questionnements.
Je me suis toujours demandé pourquoi, et encore aujourd'hui.
Mais je crois que personne ne le saura jamais.










