Une larme, un sourire...

Exercices de style...

le 31/03/2008 à 18h50

EXERCICES DE STYLE : Avant-propos


Pourquoi de nouveaux Exercices de Style, après les célèbres de Raymond Queneau ?  La Bruyère a bien commencé ses Caractères  en écrivant " tout est dit". Alors ? Tout a déjà été dit ? Mais pourquoi ne pas redire, ne pas réécrire, ne pas refaire, encore ? Mais comment raconter la même histoire tant de fois sans lasser ? sans se lasser ? Raconter pareil, certes, mais... différemment ! Car ici la réitération disparait presque face à la variation. Au-delà même de cette contrainte littéraire et du plaisir ludique qu'ils procurent, les exercices de style proposent une véritable réflexion sur le style littéraire, la relation étroite qui existe entre le fond et la forme, et l'importance primordiale du point de vue ! Découvrez donc en 33 néologismes comment une aventure urbano-familiale peut devenir un vrai trésor de surréalisme dès lors que les plus inventives des formes prennent le pas sur le plus banal des fonds !



La Négationnale


Ce n’était ni le matin, ni le soir mais la fin d’après-midi. Ce n’était ni un jardin ni une place, mais un square. Ce n’était ni en banlieue ni à la campagne mais en centre ville. Ce n’était ni un vieillard ni un bébé mais un enfant. Ce n’était ni un tourniquet ni un toboggan mais une balançoire. Ce n’était ni un saut ni une course mais une chute. Ce n’était ni un chant ni un rire mais un cri. Ce n’était ni sa tante ni sa cousine mais sa mère. Ce n’était ni une caresse ni un coup mais une claque. Ce n’était ni un autre chant ni un autre rire mais un autre cri.



L’Administrativale

        Monsieur,

        J’ai l’honneur de vous informer dans la plus grande objectivité qui m’est possible d’un certain fait dont j’ai été témoin il y a de ça moins d’une semaine.
      L’après-midi touchant à sa fin, un enfant est tombé de la balançoire sur laquelle il s’amusait dans le square du centre ville. L'enfant ayant poussé un cri à cause de cette chute, sa mère l’entendit, accourut vers lui et lui donna une claque. L’enfant alors poussa un deuxième cri.
        Je me mets à votre entière disposition, et je vous prie, monsieur, de bien vouloir me faire savoir quelle attitude dois-je adopter au vu de ces faits et dans quelle mesure je puis me rendre utile pour vous.

     Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréez, monsieur, mes remerciements anticipés, et mes salutations les plus distinguées.



L’Annagrammale

Sloar ueq l’rpsèa-idim taihucot à as ifn, nu tfanne s’msuaita nsad nu erqaus ud etnrec elilv. Li ambot nteemqsurub ed al ieroçanlba te sasuop nu irc. As nmaam es taipcirpé te uil nadon enu qlucea, ec uiq el tif rierc enu xemieued sofi.



L’Alexandrinale


Le Zéphyr étant loin depuis un bon moment,
S’amusait encore dans un square un enfant.
Celui-ci fou de joie tomba brutalement
D’une des balançoires, dangereux instrument.
De douleur il poussa un cri très déchirant.
Il fut bien entendu par sa douce maman
Qui donnant une claque ne l’était pas tant
Et qui fit redoubler les cris de son enfant.



La Scientificoïdale

Sachant que le soleil va se coucher dans T = 3852 s, que le square est situé à d = 20E-3 km de l’église et que l’enfant tombe selon une parabole f(x)= 2x²+3x, que le premier cri est de 96 décibels et que la femme coure départ arrêté à 23 km/h, que l’énergie cinétique de la claque est de 1/2mV² et le deuxième cri de 114 décibels, calculer l’âge de l’enfant. Aide : servez-vous des triangles inscrits dans un cercle.



La Périphrasale

Alors que la partie de la journée comprise entre midi et le soir touchait à sa phase terminale, un garçon dans l’âge de l’enfance passait le temps agréablement dans un petit jardin public du quartier central de la ville. Il fut brusquement précipité par son propre poids d’un lieu haut (la balançoire) vers un lieu bas (le sol), et émit un son perçant avec force. La femme qui l’avait mis au monde vint en hâte et lui administra un coup au visage du plat de la main, ce qui le fit émettre avec force un son perçant une seconde fois.



La Tatilloniste

Il était juste 18h48 lorsque je vis dans le square Léo Lagrange, situé à l’angle du boulevard Jean Jaurès et de l’avenue de la République, un enfant, entre 5 et 6 ans, cheveux blonds ébouriffés, yeux bleus-gris, vêtu d’un pull en coton vert clair et d’un pantalon large marron, tomber d’une balançoire en plastique jaune faisant partie d’un portique métallique peint en bleu et rouge. Il poussa à cet instant précis un cri bref, très aigu, qui alerta sa mère, femme plutôt jeune, entre 29 et 30 ans, cheveux très longs, bruns, yeux marron, vêtue d’un ensemble blanc, qui se dirigea rapidement vers lui. Arrivée devant lui, elle lui donna une claque, il était 18h49, ce qui eut pour conséquence un deuxième cri de l’enfant, toujours aussi aigu mais moins bref que le premier.



La subliminationale

Alors que l’après-midi engagez-vous touchait à sa fin, un enfant s’amusait dans un square armée de terre du centre ville. Il tomba brusquement rengagez-vous de la balançoire et poussa un cri nous avons besoin de vous. Sa maman accouru protégez votre pays et lui donna une claque soyez patriotes ce qui le fit crier une deuxième fois.



La Jeuniste

CT 1 f1 dapré midi ds 1 skwar o sentr vil. G vu 1 goss ki é tonB d1 balansoir é ki a krié. Sa mér é ariV ver lui L lui a mi 1 clak é il a enkor krié.



La Translationale (1)

Alors que l’après-rasage touchait à son finage, un enfariné s’amusait dans un squelette de centrifugation. Il tondit brusquement du balanoglosse et poussa un criaillement. Son mamba accouru et lui donna une claquette ce qui le fit criminaliser une seconde fois.



La Resignative

C’est comme ça : la journée était presque finie et la nuit allait tomber, on n’y peut rien. Le square du centre-ville était encore plein d’enfants. C’est toujours comme ça, ça ne changera jamais, les squares sont toujours pleins d’enfants. Et il y a un de ces enfants qui est tombé d’une balançoire, évidemment, ça devait arriver, les enfants tombent toujours des balançoires, et bien sûr, c’était inévitable, il a crié. Alors sa maman a accouru et forcément elle lui a mis une claque, et bien entendu l’enfant a encore crié, c’est comme ça.



La Destructurale


Articles : l’, un, un, du, de, la, un, le, une
Noms : après-midi, fin, enfant, square, centre-ville, balançoire, cri, maman, claque, fois
Verbes : toucher, s’amuser, tomber, pousser, accourir, donner, faire, crier
Pronoms-adjectifs : sa, il, sa, lui, qui
Adverbes : brusquement
Prépositions : à, dans,
Conjonctions : et




La Perrecienne (2)

Ca alors ! La nuit tombait… ou allait choir tantôt ! Un bambin s’amusait dans un jardin public du noyau du bourg quand il tomba tout à coup au sol où il poussa un cri. Sa maman ouï son cri, couru jusqu’à lui, lui donna un coup vif. Le bambin doubla son cri.




La Subjectivale

Je commençais un peu à avoir froid mais j’étais bien content de m’amuser avec mes copains et j’espérais que maman allait rester à discuter encore le plus longtemps possible. J’étais sur la balançoire, et d’un coup, je suis tombé par terre, j’ai même pas compris pourquoi. Je me suis fait mal en tombant ! Je pense que j’ai dû crier un peu. Et tout à coup j’ai senti maman qui me mettait une baffe ! Alors là j’ai encore rien compris et j’ai encore crié, juste pour qu’elle ait honte devant les autres mamans. Et peut-être un peu aussi parce qu’elle m’avait fait mal. Un peu.



L’Intrusioniste

Alotrs qute l’aptrès-midti touchtait à sta fin, utn etnfant s’atmusait dtans utn square dtu ctentre-viltle. Itl tomtba brusquetment dte lta balantçoire tet poustsa utn cri. Sta matman ste prétcipita tet luti dontna unte clatque, cte qtui lte ftit criter unte secotnde ftois.



La Minimalisante

Une fin d’après-midi. Un square du centre ville. Un enfant qui tombe d’une balançoire. Un cri. Une femme qui accoure. Une claque. Un deuxième cri.



La Proustienne

        La journée tendait de façon inéluctable vers sa fin, sombre fin, dans les deux sens de ce terme qui, et l’homme connaît ce phénomène depuis la nuit des temps, ou plutôt en l’occurrence depuis l’aube de la vie, ne sera qu’éphémère, ou mieux, déterminé dans une période de temps, qui, quoique déterminée de façon totalement autonome et donc, a fortiori pourrait-on dire, non maîtrisé par cette créature si faible dans ce monde qu’est l’homme, conduit inévitablement à ce moment si étrange dans une journée où toute activité, humaine aussi bien que naturelle, bien que certains exemples précis et spécifiques pourraient facilement contredire cette affirmation légèrement péremptoire tels les animaux nocturnes ou autres veilleurs de nuit, semble s’arrêter entièrement, et qui conduit d’une façon tout aussi inévitable à la fin de ce moment qui n’est autre que le matin, l’aube, ou encore l’aurore, qui, tel un nouveau printemps chaque jour renouvelé donne l’impression de réveiller la vie, et l’homme, au sens propre cette fois, afin de recommencer sempiternellement les actes effectués la veille, mais coupés dorénavant par cette frontière tellement naturelle qui force le repos et oblige à redire bonjour à ceux que l’on croise, d’une façon intuitive mais incompréhensible qui semble faire oublier que l’on a déjà rencontré cette personne hier, ce qui, dans une vison plus distanciée de ce qu’est la vie, ne représente finalement que quelques heures, qui, une fois évadé dans cet empire des songes, ou encore dans les bras de Morphée comme on le dit communément, ne nous en parait à peine une, et nous fait nous relever comme si l’on venait de se coucher, ayant oublié immédiatement toutes les choses qui s’étaient présentées à notre esprit, et suivant le soleil qui nous précède souvent à ce moment nous repartons avec courage, ou non, selon nos responsabilités, ou non, défier la société qui nous environne, comme chaque matin.

        Mais il s’agissait donc ici de la fin de la journée, et ayant pris l’habitude, habitude non nuisible en soi selon moi, mais qui ne m’a toujours pas été démontrée comme véritablement profitable, de marcher quelque peu après le souper que je prends fort tôt et qui, mes remontrances quotidiennes à ma cuisinière n’y pouvant rien changer, me parait toujours trop lourd et me reste inévitablement comme un poids sur l’estomac, poids qui, selon ma dernière pesée, me parait de plus en plus à prendre au sens propre que figuré, dans les ruelles du centre ville, puisque habitant un fort joli quoique finalement assez petit appartement à cet endroit, il semble tout naturel que je m’y vienne promener, même si, non adepte de tout effort physique en général, cela n’est qu’un prétexte élégant pour m’isoler, encore que pourra-t-on vraiment se retrouver seul un jour avec soi-même, je me le demande, et prendre l’air, et ainsi profiter des derniers rayons du soleil et de la dernière brise qui, bien souvent désagréablement fraîche, m’oblige, et j’utilise ce verbe à dessein pour montrer que cela est contre mon gré, puisque j’ai toujours trouvé cet accoutrement, cet accessoire, inutile, pour coquets et coquettes en recherche d’originalité, et ridicule, à mettre une écharpe.

Je passai devant un square et c’est alors que, jetant à mon habitude un regard désinvolte et presque méprisant à toute cette jeunesse encore plus désinvolte et méprisante que moi, encore qu’à cet âge, âge tendre s’il en fût, peut-on véritablement les accabler de ce jugement sans rougir au vu de leur naïveté et de leur innocence, je me le demande, et c’est à ce moment que je fus témoin d’une des scènes les plus banales au monde, et cette hyperbole ne m’en semble pas une, je le souligne, à savoir un enfant qui, emporté par l’élan de sa joie et celui de la balançoire, et lâchant prise sans le vouloir sans doute, chuta d’une façon fort comique au sol, provoquant un nuage de poussière et le rire de ses camarades qui ne l’avaient pas suivi dans cette action qui leur apparaissait alors sans doute comme celle d’un fanfaron voulant  à tout prix se rendre intéressant et non comme, et la vraisemblance le porte plutôt à croire, celle d’un pauvre bambin qui aurait perdu momentanément le contrôle de la situation présente.

    Cet enfant, donc, héros involontaire et éphémère de cette scène qui, au demeurant fort banale, je le répète, me ravissait au plus haut point, non de le voir souffrir un tant soit peu de cette chute qui ne semblait pas bien grave en somme mais plutôt du comique et de la fraîcheur de cette situation, poussa un cri fort touchant, plus de surprise et de peur que de réelle souffrance il me semble, ce qui eut pour effet de stopper de façon nette le rire idiot de ses camarades de jeu qui le contemplaient au sol sans rien faire, et qui eut pour second effet de faire se précipiter vers lui à toute vitesse une femme, la nature prévoyante ayant doté la gent féminine d’un fort sentiment maternel envers leur progéniture, une femme assez jeune, blonde, tout ce qu’il y a de plus charmante, qui discutait alors en toute tranquillité assise sur un banc avec, je le suppose, d’autres mères de ses amies, et ayant rejoint son enfant qui venait de chuter lui donna sans une seule seconde d’hésitation une claque, mouvement du bras tout à fait naturel qui aurait pu paraître déplacé peut-être en un tel moment pour un enfant qui n’attendait que du réconfort mais qui, je pense au contraire, ne méritait dans l’absolu pas mieux, ayant en une seule action dérangé sa pauvre mère et sali ses vêtements, et cette claque que j’approuve totalement eut un effet qui quoique sans doute non escompté mais finalement fort prévisible, dans notre société de consommation qui ne tend qu’à déifier les enfants, ces derniers n’ayant aucune conscience du sacrifice de leurs parents pour eux, afin qu’ils aient le meilleur et surtout une vie agréable et jamais éprouvante, utopie qui vole en éclat dès qu’ils quitte le cocon familial, à savoir un deuxième cri, encore plus déchirant que le premier mais qui me laissa bien évidemment de marbre, comme il se doit, ayant pris pour habitude de ne pas m’émouvoir ou pire, m’attendrir, de ce genre de spectacles.



La Proverbationale

Araignée du soir : espoir.
Il faut bien que jeunesse se passe.
Qui aime bien châtie bien.



L’Interviewale

- Monsieur, bonjour.
- Bonjour.
- Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
- C’est tout naturel. Et il me semblait indispensable de témoigner de ce que j’avais vu.
- Justement, venons-en au fait : vous avez été le témoin d’une scène qui s’est déroulé il y a quelques jours. Racontez-nous.
- Tout à fait. J’ai vu un enfant tomber brusquement d’une balançoire sur laquelle il s’amusait.
- Et que s’est-il passé ensuite ?
- Il a évidemment crié, ce qui a alerté sa maman qui est arrivée en courant et lui a mis une claque.
- Quelle a été la réaction de l’enfant ?
- Il a crié à nouveau.
- Quand s’est passé cet événement ?
-  Jeudi dernier. Je ne me souviens plus de l’heure exacte mais le soir était presque tombé.
- Merci beaucoup monsieur pour ces précieux détails concernant cette affaire sur laquelle il faudra bien sûr faire toute la lumière.
- Merci à vous.



La Michauxienne (3)

Alors que la libucque marminait à sa pratèle, un manage s’espudrinait dans un endosque du rague. Il emparouilla torsument de la tocarte et barufla un enguro. Sa ripadière se mentasla et lui tandora une drâle, ce qui le pemmarphit une tantasse lérou.



La Consonnale

Lrs q l’prs-md tcht s fn, n nfnt s’mst dns n sqr d cntr-vll. L tmb brsqmnt d l blnçr t pss n cr. S mmn s prcpt t l dnn n clq c q l ft cr n dxm fs.



L’interrogationale

Pourquoi la journée était-elle presque finie ? Pourquoi cet enfant s’amusait-il dans ce square du centre-ville ? Pourquoi est-il tombé d’une balançoire ? Pourquoi a-t-il crié ? Pourquoi sa maman a-t-elle accouru ? Pourquoi lui a-t-elle mis une claque ? Pourquoi l’enfant a-t-il encore crié ?  Le saura-t-on un jour ?



La Beckettienne (4)

Pièce en un acte
La scène se passe de nos jours, dans un square.

Scène 1
L’ENFANT, LA MERE, LES ENFANTS, LES MERES
Plein feu chaud : une fin d’après-midi. A l’avant-scène, côté cour : un banc public, dos à nous, LA MERE et LES MERES y sont assises dès le début de la scène; conversation silencieuse mais animée. Côté jardin : une balançoire, au moins. Liberté au metteur en scène. Autant d’enfants que de mères.  L’ENFANT est déjà sur la balançoire au début de la scène. Le mur du fond représentera de façon figurative ou évocative, au choix, des maisons, des arbres… Liberté de figuration. Ambiance vivante.

Un long temps.
Noir bref.

Scène 2
Les mêmes

L’ENFANT, tombant soudain de la balançoire : Aïe ! (ce « aïe » sera crié de façon à ce que l’on entende « ah » plutôt que déclamé tel quel. L’intention doit être sincère. Sanglots dans la voix. On doit sentir dans cette interjection toute la surprise, la douleur, la peur et l’innocence de l’enfant. Cela sera attendrissant ou pathétique, selon.)

Scène 3
Les mêmes

LES MERES, LA MERE, sursautant toutes de surprise et de peur : Oh ! (ce « oh » sera très bref pour LES MERES, le temps de voir que ce n’est pas leur enfant, mais plus long pour LA MERE, exprimant sa lassitude, sa colère, ou sa compassion, selon l’antécédent choisi par l’actrice).

Scène 4
Les mêmes

LA MERE, courrant vers L’ENFANT et lui donnant une claque : Tiens ! (ce « tiens » contient toute l’explication de son geste. Ne pas oublier de lui faire un sort. Liberté au metteur en scène de le faire comprendre : bascule plein feux froid ou découpe, bruitage, réaction mimée de la figuration..)

L’ENFANT : Aïe ! (ce « aïe » cette fois crié plus fort se rapprochera plus d’un vrai « aïe » que d’un « ah ». Exprimer toute la douleur, l’incompréhension, la colère, et l’innocence disparue mais pas tout à fait de l’enfant).

Noir.




La Entropienne

Alors que l’après-midi, éclipse et tempête, touchait à sa fin, un enfant, porc-épic et Stradivarius, s’amusait dans un square, caravansérail et galoche, du centre-ville, moteur et clapier. Il tomba brusquement, herboriste et ruissellement, de la balançoire, crocodile et jujube, et poussa un cri, bilboquet et saltimbanque. Sa maman, chiendent et pistache, se précipita et lui donna une claque, homard et expédient, ce qui le fit crier une seconde fois, étincelle et vertébré.



L’Atrabilairiale

Je déteste la fin de la journée. Je me demande bien ce que je faisais au centre-ville à côté de ce square à ce moment-là, parce que je déteste les squares. Et je déteste les enfants : ils ne savent que pleurer et jouer toute la journée. Et celui-là qui s’amuse sur sa balançoire ! Il a l’air heureux, et je déteste les gens heureux ! Et voilà, il est tombé, et il crie maintenant ! C’est bien fait pour lui. Quel besoin il avait de s’amuser sur cette balançoire, franchement ? Tiens, une claque de sa mère ! Et il recommence à crier ! Ca lui apprendra, je déteste les gosses qui crient !



L’Hésitative

Etait-ce le matin ou l’après-midi ? Je crois me souvenir que c’était en fin d’après-midi mais je n’en suis pas sûr… Il me semble aussi que cela se passait dans un square… oui, un square du centre-ville je crois… Ca devait être un enfant… oui, il s’amusait dans le square mais il est tombé d’une balançoire il me semble. Et là… attendez… laissez-moi me souvenir… sa maman est arrivée et… elle lui a mis une claque je crois bien. Et là… je pense que l’enfant a dû crier une seconde fois, oui ça doit être cela.



La Contemporainale

Ziva mec, écoute-moi, j’ai matté un truc l’aut’ jour que j’ai trop kiffé : j’étais sur ma mob’ dans la cité et là y’a un p’tit qui s’est ramassé, t’sais, mais grave de chez grave quoi. Il gueulait tellement qu’y’a sa vieille qui s’est ramené, t’sais. Et là elle lui a balancé une de ces droites, mec, c’était énorme ! Il avait dû salir ses fringues, t’sais. Et là le mioche il a encore plus gueulé mais moi j’étais mort de rire de matter ça !



La Tardieusienne (5)

Alors que la peluche touchait à son mitron, un galet se sucrait dans un trou du lampion. Il repiqua tendrement de la pitance et moulu un cuivre. Sa boulette se rançonna, lui siffla une soupière, et il moulu une deuxième potence.



L’Imaginariale

Le soleil était en train de s’écraser sur la Terre très délicatement et sans aucun bruit, et de grands coquelicots et tournesols volaient dans le ciel. Je me suis retrouvé tout à coup au centre-ville, mais à la place du square se trouvait une immense Poste. Je me suis mis à faire la queue comme tout le monde. Il y avait un monde fou, ça poussait de tous les côtés, j’étais à moitié écrasé quand une vieille dame me saisi soudain par la main et m’entraîna en dehors de la foule. Le square est réapparu et elle me demandait de la pousser à la balançoire. Comme elle me rappelait vaguement ma tante, je lui ai obéi et nous sommes allé faire de la balançoire. Mais à peine avions-nous commencé que je n’en avais plus envie. Je la poussai très fort d’un coup et elle tomba brutalement de la balançoire. Riant aux éclats et ne faisant pas attention au milliers de personnes âgées qui nous fixaient en souriant appuyées sur leurs cannes, je me suis approché d’elle, et je vis en fait un enfant qui criait. Le sol s’est mis à trembler, et un géant à barbe rose est apparu en courant vers nous.  J’étais tétanisé et je n’avais plus la force d’aller me cacher. Le géant mit une claque à l’enfant qui l’appelait maman. L’enfant a encore crié, il criait très fort, et c’est là que je me suis réveillé.



L’indécisationale

C’était en… Alors que… Un enfant se… Enfin vraiment il… Soudain il… Oh, ce n’était pas un… Mais il… Et sa maman se… Et puis… Et c’est ça qui… Mais il… Enfin bref !



L’Egocentrale

Moi j’aime bien la fin de l’après-midi. Moi je passe souvent à côté du square au centre-ville. Moi j’ai vu un enfant qui tombait d’une balançoire. Moi j’ai entendu q’il criait. Moi j’ai vu sa maman se précipiter et lui donner une claque. Moi j’ai entendu qu’il a encore crié.



La Professeurdefrançaisale

- A quel moment se déroule l’action ?
- En fin d’après-midi.
- Bien. Quel est le lieu de l’action ?
- Le centre-ville.
- Soyez plus précis.
- Un square dans le centre-ville.
- Justifiez vos réponses !
- C’est marqué.
- Bon. Quels sont les protagonistes de l’action ?
- Un enfant et sa maman.
- Oui. Quelle est la situation initiale ?
- L’enfant s’amuse sur une balançoire.
- Quel est l’élément déclencheur ?
- Il tombe de la balançoire.
- Première péripétie ?
- Il crie.
- Deuxième péripétie ?
- Sa maman coure vers lui et lui met une claque.
- Troisième péripétie ?
- L’enfant crie encore.
- Et la situation finale ?
- L’histoire ne le dit pas.
- Et quelle morale peut-on en tirer ?
- C’est l’heure d’aller en récré M’dame !



La Subjectivalebis

L’après-midi était presque finie et il commençait à faire frisquet. C’est fou comme je déteste aller dans ce square ! M’ennuyer un bon moment à regarder mon fils dans les jeux et supporter l’insupportable : la conversation des autres idiotes de mère qui prennent leurs enfants pour des princes et se croient intéressantes – c’est peut-être ça le pire. Et puis elles m’agaçaient tellement à ne pas vouloir me croire quand je disais que je ne passais aucun caprice à mon fils que quand il est tombé de la balançoire, je suis allé lui mettre une claque, pour qu’elles voient un peu. Non mais !



Quelques explications, peut être nécessaires :

(1) : la Translationale
Remplacer chaque nom par le mot de la même nature qui suit dans le dictionnaire.

(2) : la Perrecienne
A la manière de l'auteur Georges Perrec dans son roman "la Disparition", la lettre "e" n'est pas une seule fois utilisée (à part quatre fois dans le titre bien sûr !)

(3) : la Michauxienne
Utilisation, comme le poète Henri Michaux, de néologismes, des mots qui n'existent pas, inventés pour traduire une idée.

(4) : la Beckettienne
Caricature de Samuel Beckett, auteur de théâtre qui accordait une place très importante aux didascalies.

(5) : la Tardieusienne
Utilisation d'un mot à la place d'un autre, à la manière de l'auteur Tardieu qui jouait beaucoup avec les mots.

Commentaires

Par Julie le 16/04/2008 à 18h28

Ah...qu'est ce que tu ferais pas pOur Mme Valla^^

Avatar de moka

Hei !

Par moka le 06/04/2008 à 19h05

J'te tape !
(Poum)

Par Faustine le 01/04/2008 à 13h09

Et quelqu'un a mis de l'arnica à ce pauvre enfant ?

J'aime bien la nouvelle déco !

J'aime bien l'image de ce texte !

Je trouve le concept amusant !

Bizz



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