Une larme, un sourire...

Un jour, au début de l'hiver...

le 21/06/2008 à 01h00

Ce nouveau texte est un défi qui consistait simplement en l'écriture de la suite d'un extrait de roman, à la condition de faire apparaitre un nouveau personnage et de conserver le plus possible le style d'écriture de l'auteur de l'extrait de base. Cet extrait, ici en gras, est tiré du roman Les Gommes, de Alain Robbe-Grillet.




    Dans la pénombre de la salle de café, le patron dispose les tables et les chaises, les cendriers, les siphons d'eau gazeuse; il est six heures du matin.
    Il n'a pas besoin de voir clair, il ne sait même pas ce qu'il fait. Il dort encore. De très anciennes lois règlent le détail de ses gestes, sauvés pour une fois du flottement des intentions humaines; chaque seconde marque un pur mouvement : un pas de côté, la chaise à trente centimètres, trois coups de torchons, demi-tour à droite, deux pas en avant, chaque seconde marque, parfaite, égale, sans bavure. Trente et un. Trente-deux. Trente-trois. Trente-quatre. Trente-cinq. Trente-six. Trente-sept. Chaque seconde a sa place exacte.
    Bientôt malheureusement le temps ne sera plus le maître. Enveloppés de leur cerne d'erreur et de doute, les événements de cette journée, si minimes qu'ils puissent être, vont dans quelques instants commencer leur besogne, entamer progressivement l'ordonnance idéale, introduire ça et là, sournoisement, une inversion, un décalage, une confusion, une courbure, pour accomplir peu à peu leur oeuvre : un jour, au début de l'hiver, sans plan, sans direction, incompréhensible et monstrueux.
    Mais il est encore trop tôt, la porte de la rue vient à peine d'être déverrouillée, l'unique personnage présent en scène n'a pas encore recouvré son existence propre. Il est l'heure où les douze chaises descendent doucement des tables de faux marbre où elles viennent de passer la nuit. Rien de plus. Un bras machinal remet en place le décor.
    Quand tout est prêt, la lumière s'allume...

    ... et tout peut commencer. Recommencer. Encore ce matin. Hier, le rideau métallique s'était abaissé sur la fin de la journée. A l'instant, il se lève à nouveau sur ce même décor. Tout est prêt pour accueillir encore aujourd'hui les acteurs de cette scène. Acteurs de leurs propres vies. Croient-ils. Le seul spectateur ici, c'est le café. Décor immuable. Sortant lentement de sa léthargie nocturne, il attend avec confiance cette journée. Il connaît la pièce. Dans cet ordre encore immaculé, il ne se sent pas à l'aise. Il sait bien qu'il est fait pour autre chose. La convivialité. Et la convivialité aime le désordre. Un minimum.
    La rumeur de la rue prend de l'importance. Il est l'heure, enfin, où le patron redevient ce qu'il est. Ce jour, au début de l'hiver, va envahir le café de ses événements. Ridiculement innombrables. Magnifiquement minimes. C'est normal. C'est comme ça. La porte s'ouvre. Ca y est. Le temps n'est plus le maître de ce lieu.
    Ce nouveau personnage n'est plus un intrus ou un inconnu dès le seuil franchi. Il fait désormais partie de notre histoire commune. Jeune, sans aucun doute. Beau, peut-être pas vraiment. Mais nous ne sommes pas là pour ça. Avec son écharpe trop grande et ses lunettes à la mode, c'est exactement le genre de personne à commander un café bien fort. Il va le demander, le boire, le payer. Mais pas tout de suite. Il est encore trop tôt. Le premier client, c'est toujours un rituel. Et chacun connaît son rôle. Prendre le temps de dire bonjour. Rester debout un moment, le coude sur le comptoir. Après avoir épuisé la conversation météorologique de mise, ce premier client peut maintenant aller s'asseoir à une table. Le faux marbre l'attend. La table du coin, qui donne sur la rue. C'est un habitué.
    Ce jour, au début de l'hiver, commence sa besogne. La chaise. Déplacée. Cinquante centimètres environ. Ce premier coup porté à l'ordonnance idéale de ce décor est le plus sournois. Car il est fait avec la plus grande désinvolture. Sans rigueur. Sans précision. C'est ce mouvement minime, le premier, qui caractérise à lui seul ce que sera cette journée : un jour, au début de l'hiver, incompréhensible et monstrueux.
    La tasse de café est déjà sur la table. Normal. L'homme sort de son cartable un carnet. Grand format. Papier de qualité. Sa main droite tient déjà un stylo, comme si elle l'avait toujours tenu. Comme si cet appendice de métal donnait tout son sens à sa personne. Ou pire, à son existence. Il doit croire qu'il est écrivain.
    Le patron du café attend derrière son bar. Coups de chiffon mécaniques. Il ne sait pas savourer ce moment de quiétude. Il devrait. Bientôt malheureusement la quiétude ne sera plus maîtresse. L'afflux des clients, drapés d'urgence et de suffisance, fera de lui exactement ce qu'il est. Quelqu'un à qui parler. Quelqu'un que l'on peut mépriser sans risques. Quelqu'un que l'on peut ignorer tout en l'utilisant. Confident ou esclave. Ami ou machine. C'est lui. Le liant de toute cette humanité. Mais il est encore trop tôt, le premier client vient à peine d'arriver.
    Notre jeune écrivain commence déjà à désespérer de son absence de talent. Et il est à peine sept heures du matin.

"J'aimerais qu'on puisse croire entièrement à mes personnages, lance-t-il soudain. Si vous étiez auteur, comment feriez-vous ?"

Le patron du café a un sourire gêné.

"Moi j'aime bien lire des livres. Mais seulement si l'histoire n'est pas trop compliquée et si elle aurait put arriver, enfin... si on peut y croire, justement.
- Vous devez aimer le Classicisme alors ! Vous avez lu La Princesse de Clèves? C'est un roman de Madame de La Fayette. Ca date du XVIIème siècle mais..."

Un sourire encore plus gêné tord la bouche du patron.

"Vous savez, je lis plutôt des romans d'aujourd'hui. Enfin... à la mode quoi.
- Oui, bien sûr... Mais pour les personnages, comment est-ce que je dois faire pour donner le sentiment qu'ils existent réellement ?
- Vous voulez faire oublier au lecteur que ce qu'il lit est une histoire inventée ?
- Exactement ! Donner l'illusion du réel me semble la marque la plus probable d'un roman de qualité.
- Peut-être... mais pour que ça fasse réaliste, il faut mettre plein de détails, et... c'est un peu... ennuyeux.
- Il y a d'autres moyens de rendre une histoire réaliste : il suffit parfois de nommer une odeur, une émotion... On ne pourrait plus faire du Balzac aujourd'hui !
- Heureusement ! Enfin... je veux dire... Oui, bon, c'est plutôt un mauvais souvenir de jeunesse...
- C'est pourtant un témoignage passionnant de son époque ! Le Réalisme, et encore plus le Naturalisme, restent des mouvements extrêmement novateurs dans la façon de décrire tous les aspects de la vie, même les moins nobles. Surtout les moins nobles, d'ailleurs.
- Mais de toute façon, ce que vous voulez faire est impossible... Lorsqu'on lit un livre, on sait bien que c'est un objet qu'on a dans la main et que ce que l'auteur nous dit... n'est pas vrai.
- Alors pour vous l'auteur serait un menteur qui vend... des objets ? C'est une vision, mais l'auteur a tellement d'autres fonctions ! Il développe l'imagination, ouvre l'esprit, amène à la réflexion, quelquefois même il arrive à instruire, permet une vision critique du monde, et tant d'autres choses...
- Enfin... il doit surtout permettre à son lecteur de passer un bon moment.
- Placere et docere. Vous avez entièrement raison. C'est une valeur du Classicisme, vous voyez, plaire tout en instruisant... C'est du latin.
- Moi je pense que l'auteur ne pourra jamais berner complètement son lecteur avec ses histoires, malgré tous les efforts de réalisme qu'il pourra faire. Autant être direct et reconnaître que vos personnages sont fictifs, non ? Il ne faut pas avoir peur d'avouer au lecteur qu'ils n'existent pas, ce n'est que la plus simple vérité. En plus c'est amusant je trouve comme entrée en matière, et puis d'une certaine façon ça crée une connivence encore plus forte entre l'auteur et son destinataire.
- Oui, ce genre de préambule a déjà été fait... Vous avez peut-être raison. Il faudra que je vous prête un livre !  C'est le Roman Comique, de Scarron.
- C'est... vieux ?
- Oui, ça date du XVIIème siècle aussi, mais je suis sûr que ça vous plaira. Ce qu'il y a de très intéressant c'est que l'auteur fait de longues descriptions détaillées mais qu'il n'arrête pas de briser cette illusion du réel en intervenant directement pour s'adresser à son lecteur."

    La porte du café s'ouvre. Le patron retrouve sa place, derrière le comptoir. Et les événements de ce jour, au début de l'hiver, si minimes qu'ils puissent être, vont poursuivre leur besogne. Courbure. Confusion. Décalage. Inversion. En dehors du temps, ce dialogue improbable restera suspendu dans l'atmosphère. Longtemps.
    La lumière est toujours allumée, tout peut continuer...

Pour... "toi"

le 05/06/2008 à 21h50

Et toi                      Et nous                        Et moi
Emoi                       Emus                           O joie
 Ton roi                      Et nus                       Mes doigts
Pour ton sourire        Nous étions las           Sur ton corps
Pour tes soupirs         Nous étions là            Et ton accord

Chut                           Chute                           Chut

Nuit
Blanc
Silence

Mes pensées...

le 03/05/2008 à 16h00

" Les médias sont une invention extraordinaire : chaque jour, ils nous permettent de savoir quoi penser."

"L'homme est comme le fruit : de la maturité à la pourriture, il n'y a qu'un pas."

"L'expérience m'a montré souvent qu'il vaut mieux avoir des idées hautes que des idéaux..."

"La culture c'est comme le supplément chantilly d'une crêpe: on peut s'en passer, mais c'est tellement bon de l'avoir !"

"La communication, l'échange, la discussion, le dialogue... voilà ce qui sauvera notre monde."

"Les enfants qui grandissent sont comme les miroirs : il suffit de les regarder pour voir l'action du temps sur soi-même."

"Evitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré. La télévision, non contente de nous assèner propagande et inepties à longueur de journée, s'occupe maintenant de notre santé. J'ai envie de dire : non mais franchement de quoi je me mêle ?"

"Pourquoi faut-il attendre de mourir pour que les gens disent du bien de nous ?"

"La recherche du bonheur personnel est la quête la plus vaine qui soit. Ayez soif plutôt de justice, et vous trouverez aussi la vérité."

"Les méchancetés sont comme les maladies contagieuses : on ne voudrait pas les répandre, mais c'est plus fort que nous."

"L'homme doit sauver les phoques, sauver les Tibétains, sauver la couche d'ozone, sauver la planète... mais pas sauver son voisin."

"La solitude n'est pas mauvaise pour l'homme. Mais à vrai dire, on n'est jamais vraiment seul puisqu'on est toujours avec soi-même."

"Sans grande espérance, pas d'amour solide. Sans amour solide, pas de véritable vie. L'espérance est le plus grand manque de notre société."

"Les contraintes, corvées, et autres soucis feront toujours partie de notre existence, il s'agit juste bien souvent d'un choix par défaut. Quand on peut choisir..."

"Pourquoi faut-il tomber amoureux, ou encore tomber enceinte, alors que l'amour au contraire élève nos êtres ?"

1.

Non.

2.
Je crois que je ne suis pas moi.

3.
Je hurle en jetant le rasoir que ma main droite tient encore.

4.
Ce n'est pas le sang qui me fait peur, je n'ai pas peur, c'est l'indicible horreur de leurs regards, pétrifiés dans la terreur, dans un élan que leurs coeurs n'ont pas compris. Odieux innoncents.

5.
Loin, loin de ce lieu, partir, vite, tenter d'oublier, savoir que je ne le pourrai jamais, et surtout : rejeter la faute sur elle, fille du vice que j'ai eu le malheur d'aimer, enfant du diable qui aurait mieux fait de m'arracher le coeur ou dévorer mon âme que de nous souiller tous deux en se volant à moi pour s'offrir à un troisième.

7.
Je coure, il le faut, le macadam me paraît bien dur, bien froid, je n'ai plus de forces, plus d'esprit, plus de coeur, il faut que je m'arrête, que j'arrête, que je l'arrête... j'allume une cigarette, effroyablement banal, ce geste me fait retrouver les sens, mais je me perds à nouveau dans les volutes sensuelles et insupportables de sa fumée. Elle sent le souffre.

10.
La lune est là, qui me transperce de sa rotondité éclatante. Elle semble si pur... et ce corps qu'elle éclaire est si laid... Elle n'a pas changé, elle, je le sais, et me rapelle une autre nuit, infiniment lointaine, où j'enlaçais cette rose sans voir ses épines... Haendel alors résonnait à nos oreilles, j'étais beau, elle belle, je me sentais la force de la protéger contre tout et tous. Mais à cet instant, tout d'elle me dégoûte, je ne verrais plus jamais ces yeux révulsés, ces lèvres ensanglantées venant cueillir un dernier baiser de l'amour et recevant celui de la mort. Laquelle de ces deux nuits est la plus irréelle ? Les deux ont-elles seulement existé ? Le fruit ne dotre haïssable union ne pouvait mériter de respirer plus longemps, le sang de cette égérie du mal est maintenant mélé à celui de son affreuse progéniture qu'elle-même sacrifie. Je ne suis pas votre père, soyez maudits et que vos âmes suivent la damnation de votre mère, à tous les trois.

17.
Je ne sais plus pourquoi je coure, je ne sais plu ce que j'ai fait, ou non, ce qui m'attends, ce que je dois faire. Si le corps que j'entends fuit n'est pas le mien, où suis-je ?J'ai besoin de lumière, mais j'en ai peur, celle de la lune me glace. Pourquoi le soleil ne se lève-t-il pas ? Pourquoi ces rues ont-elles tant de tournants ? Je peux voir, mais je ne veux plus regarder... pourquoi je...

23.
L'air froid me brûle, la lourdeur de mon corps m'insupporte, un cri jaillit de moi, non, ce n'est pas moi, ce cri inhumain est plus aigü que ma voix de plusieurs octaves, ce n'est pas moi, non, aucune fin n'était possible, rien ne sera plus possible.

7.
Non, tout est finit.

0.
C'est sûr, je ne suis pas moi.

Exercices de style...

le 31/03/2008 à 18h50

EXERCICES DE STYLE : Avant-propos


Pourquoi de nouveaux Exercices de Style, après les célèbres de Raymond Queneau ?  La Bruyère a bien commencé ses Caractères  en écrivant " tout est dit". Alors ? Tout a déjà été dit ? Mais pourquoi ne pas redire, ne pas réécrire, ne pas refaire, encore ? Mais comment raconter la même histoire tant de fois sans lasser ? sans se lasser ? Raconter pareil, certes, mais... différemment ! Car ici la réitération disparait presque face à la variation. Au-delà même de cette contrainte littéraire et du plaisir ludique qu'ils procurent, les exercices de style proposent une véritable réflexion sur le style littéraire, la relation étroite qui existe entre le fond et la forme, et l'importance primordiale du point de vue ! Découvrez donc en 33 néologismes comment une aventure urbano-familiale peut devenir un vrai trésor de surréalisme dès lors que les plus inventives des formes prennent le pas sur le plus banal des fonds !



La Négationnale


Ce n’était ni le matin, ni le soir mais la fin d’après-midi. Ce n’était ni un jardin ni une place, mais un square. Ce n’était ni en banlieue ni à la campagne mais en centre ville. Ce n’était ni un vieillard ni un bébé mais un enfant. Ce n’était ni un tourniquet ni un toboggan mais une balançoire. Ce n’était ni un saut ni une course mais une chute. Ce n’était ni un chant ni un rire mais un cri. Ce n’était ni sa tante ni sa cousine mais sa mère. Ce n’était ni une caresse ni un coup mais une claque. Ce n’était ni un autre chant ni un autre rire mais un autre cri.



L’Administrativale

        Monsieur,

        J’ai l’honneur de vous informer dans la plus grande objectivité qui m’est possible d’un certain fait dont j’ai été témoin il y a de ça moins d’une semaine.
      L’après-midi touchant à sa fin, un enfant est tombé de la balançoire sur laquelle il s’amusait dans le square du centre ville. L'enfant ayant poussé un cri à cause de cette chute, sa mère l’entendit, accourut vers lui et lui donna une claque. L’enfant alors poussa un deuxième cri.
        Je me mets à votre entière disposition, et je vous prie, monsieur, de bien vouloir me faire savoir quelle attitude dois-je adopter au vu de ces faits et dans quelle mesure je puis me rendre utile pour vous.

     Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréez, monsieur, mes remerciements anticipés, et mes salutations les plus distinguées.



L’Annagrammale

Sloar ueq l’rpsèa-idim taihucot à as ifn, nu tfanne s’msuaita nsad nu erqaus ud etnrec elilv. Li ambot nteemqsurub ed al ieroçanlba te sasuop nu irc. As nmaam es taipcirpé te uil nadon enu qlucea, ec uiq el tif rierc enu xemieued sofi.



L’Alexandrinale


Le Zéphyr étant loin depuis un bon moment,
S’amusait encore dans un square un enfant.
Celui-ci fou de joie tomba brutalement
D’une des balançoires, dangereux instrument.
De douleur il poussa un cri très déchirant.
Il fut bien entendu par sa douce maman
Qui donnant une claque ne l’était pas tant
Et qui fit redoubler les cris de son enfant.



La Scientificoïdale

Sachant que le soleil va se coucher dans T = 3852 s, que le square est situé à d = 20E-3 km de l’église et que l’enfant tombe selon une parabole f(x)= 2x²+3x, que le premier cri est de 96 décibels et que la femme coure départ arrêté à 23 km/h, que l’énergie cinétique de la claque est de 1/2mV² et le deuxième cri de 114 décibels, calculer l’âge de l’enfant. Aide : servez-vous des triangles inscrits dans un cercle.



La Périphrasale

Alors que la partie de la journée comprise entre midi et le soir touchait à sa phase terminale, un garçon dans l’âge de l’enfance passait le temps agréablement dans un petit jardin public du quartier central de la ville. Il fut brusquement précipité par son propre poids d’un lieu haut (la balançoire) vers un lieu bas (le sol), et émit un son perçant avec force. La femme qui l’avait mis au monde vint en hâte et lui administra un coup au visage du plat de la main, ce qui le fit émettre avec force un son perçant une seconde fois.



La Tatilloniste

Il était juste 18h48 lorsque je vis dans le square Léo Lagrange, situé à l’angle du boulevard Jean Jaurès et de l’avenue de la République, un enfant, entre 5 et 6 ans, cheveux blonds ébouriffés, yeux bleus-gris, vêtu d’un pull en coton vert clair et d’un pantalon large marron, tomber d’une balançoire en plastique jaune faisant partie d’un portique métallique peint en bleu et rouge. Il poussa à cet instant précis un cri bref, très aigu, qui alerta sa mère, femme plutôt jeune, entre 29 et 30 ans, cheveux très longs, bruns, yeux marron, vêtue d’un ensemble blanc, qui se dirigea rapidement vers lui. Arrivée devant lui, elle lui donna une claque, il était 18h49, ce qui eut pour conséquence un deuxième cri de l’enfant, toujours aussi aigu mais moins bref que le premier.



La subliminationale

Alors que l’après-midi engagez-vous touchait à sa fin, un enfant s’amusait dans un square armée de terre du centre ville. Il tomba brusquement rengagez-vous de la balançoire et poussa un cri nous avons besoin de vous. Sa maman accouru protégez votre pays et lui donna une claque soyez patriotes ce qui le fit crier une deuxième fois.



La Jeuniste

CT 1 f1 dapré midi ds 1 skwar o sentr vil. G vu 1 goss ki é tonB d1 balansoir é ki a krié. Sa mér é ariV ver lui L lui a mi 1 clak é il a enkor krié.



La Translationale (1)

Alors que l’après-rasage touchait à son finage, un enfariné s’amusait dans un squelette de centrifugation. Il tondit brusquement du balanoglosse et poussa un criaillement. Son mamba accouru et lui donna une claquette ce qui le fit criminaliser une seconde fois.



La Resignative

C’est comme ça : la journée était presque finie et la nuit allait tomber, on n’y peut rien. Le square du centre-ville était encore plein d’enfants. C’est toujours comme ça, ça ne changera jamais, les squares sont toujours pleins d’enfants. Et il y a un de ces enfants qui est tombé d’une balançoire, évidemment, ça devait arriver, les enfants tombent toujours des balançoires, et bien sûr, c’était inévitable, il a crié. Alors sa maman a accouru et forcément elle lui a mis une claque, et bien entendu l’enfant a encore crié, c’est comme ça.



La Destructurale


Articles : l’, un, un, du, de, la, un, le, une
Noms : après-midi, fin, enfant, square, centre-ville, balançoire, cri, maman, claque, fois
Verbes : toucher, s’amuser, tomber, pousser, accourir, donner, faire, crier
Pronoms-adjectifs : sa, il, sa, lui, qui
Adverbes : brusquement
Prépositions : à, dans,
Conjonctions : et




La Perrecienne (2)

Ca alors ! La nuit tombait… ou allait choir tantôt ! Un bambin s’amusait dans un jardin public du noyau du bourg quand il tomba tout à coup au sol où il poussa un cri. Sa maman ouï son cri, couru jusqu’à lui, lui donna un coup vif. Le bambin doubla son cri.




La Subjectivale

Je commençais un peu à avoir froid mais j’étais bien content de m’amuser avec mes copains et j’espérais que maman allait rester à discuter encore le plus longtemps possible. J’étais sur la balançoire, et d’un coup, je suis tombé par terre, j’ai même pas compris pourquoi. Je me suis fait mal en tombant ! Je pense que j’ai dû crier un peu. Et tout à coup j’ai senti maman qui me mettait une baffe ! Alors là j’ai encore rien compris et j’ai encore crié, juste pour qu’elle ait honte devant les autres mamans. Et peut-être un peu aussi parce qu’elle m’avait fait mal. Un peu.



L’Intrusioniste

Alotrs qute l’aptrès-midti touchtait à sta fin, utn etnfant s’atmusait dtans utn square dtu ctentre-viltle. Itl tomtba brusquetment dte lta balantçoire tet poustsa utn cri. Sta matman ste prétcipita tet luti dontna unte clatque, cte qtui lte ftit criter unte secotnde ftois.



La Minimalisante

Une fin d’après-midi. Un square du centre ville. Un enfant qui tombe d’une balançoire. Un cri. Une femme qui accoure. Une claque. Un deuxième cri.



La Proustienne

        La journée tendait de façon inéluctable vers sa fin, sombre fin, dans les deux sens de ce terme qui, et l’homme connaît ce phénomène depuis la nuit des temps, ou plutôt en l’occurrence depuis l’aube de la vie, ne sera qu’éphémère, ou mieux, déterminé dans une période de temps, qui, quoique déterminée de façon totalement autonome et donc, a fortiori pourrait-on dire, non maîtrisé par cette créature si faible dans ce monde qu’est l’homme, conduit inévitablement à ce moment si étrange dans une journée où toute activité, humaine aussi bien que naturelle, bien que certains exemples précis et spécifiques pourraient facilement contredire cette affirmation légèrement péremptoire tels les animaux nocturnes ou autres veilleurs de nuit, semble s’arrêter entièrement, et qui conduit d’une façon tout aussi inévitable à la fin de ce moment qui n’est autre que le matin, l’aube, ou encore l’aurore, qui, tel un nouveau printemps chaque jour renouvelé donne l’impression de réveiller la vie, et l’homme, au sens propre cette fois, afin de recommencer sempiternellement les actes effectués la veille, mais coupés dorénavant par cette frontière tellement naturelle qui force le repos et oblige à redire bonjour à ceux que l’on croise, d’une façon intuitive mais incompréhensible qui semble faire oublier que l’on a déjà rencontré cette personne hier, ce qui, dans une vison plus distanciée de ce qu’est la vie, ne représente finalement que quelques heures, qui, une fois évadé dans cet empire des songes, ou encore dans les bras de Morphée comme on le dit communément, ne nous en parait à peine une, et nous fait nous relever comme si l’on venait de se coucher, ayant oublié immédiatement toutes les choses qui s’étaient présentées à notre esprit, et suivant le soleil qui nous précède souvent à ce moment nous repartons avec courage, ou non, selon nos responsabilités, ou non, défier la société qui nous environne, comme chaque matin.

        Mais il s’agissait donc ici de la fin de la journée, et ayant pris l’habitude, habitude non nuisible en soi selon moi, mais qui ne m’a toujours pas été démontrée comme véritablement profitable, de marcher quelque peu après le souper que je prends fort tôt et qui, mes remontrances quotidiennes à ma cuisinière n’y pouvant rien changer, me parait toujours trop lourd et me reste inévitablement comme un poids sur l’estomac, poids qui, selon ma dernière pesée, me parait de plus en plus à prendre au sens propre que figuré, dans les ruelles du centre ville, puisque habitant un fort joli quoique finalement assez petit appartement à cet endroit, il semble tout naturel que je m’y vienne promener, même si, non adepte de tout effort physique en général, cela n’est qu’un prétexte élégant pour m’isoler, encore que pourra-t-on vraiment se retrouver seul un jour avec soi-même, je me le demande, et prendre l’air, et ainsi profiter des derniers rayons du soleil et de la dernière brise qui, bien souvent désagréablement fraîche, m’oblige, et j’utilise ce verbe à dessein pour montrer que cela est contre mon gré, puisque j’ai toujours trouvé cet accoutrement, cet accessoire, inutile, pour coquets et coquettes en recherche d’originalité, et ridicule, à mettre une écharpe.

Je passai devant un square et c’est alors que, jetant à mon habitude un regard désinvolte et presque méprisant à toute cette jeunesse encore plus désinvolte et méprisante que moi, encore qu’à cet âge, âge tendre s’il en fût, peut-on véritablement les accabler de ce jugement sans rougir au vu de leur naïveté et de leur innocence, je me le demande, et c’est à ce moment que je fus témoin d’une des scènes les plus banales au monde, et cette hyperbole ne m’en semble pas une, je le souligne, à savoir un enfant qui, emporté par l’élan de sa joie et celui de la balançoire, et lâchant prise sans le vouloir sans doute, chuta d’une façon fort comique au sol, provoquant un nuage de poussière et le rire de ses camarades qui ne l’avaient pas suivi dans cette action qui leur apparaissait alors sans doute comme celle d’un fanfaron voulant  à tout prix se rendre intéressant et non comme, et la vraisemblance le porte plutôt à croire, celle d’un pauvre bambin qui aurait perdu momentanément le contrôle de la situation présente.

    Cet enfant, donc, héros involontaire et éphémère de cette scène qui, au demeurant fort banale, je le répète, me ravissait au plus haut point, non de le voir souffrir un tant soit peu de cette chute qui ne semblait pas bien grave en somme mais plutôt du comique et de la fraîcheur de cette situation, poussa un cri fort touchant, plus de surprise et de peur que de réelle souffrance il me semble, ce qui eut pour effet de stopper de façon nette le rire idiot de ses camarades de jeu qui le contemplaient au sol sans rien faire, et qui eut pour second effet de faire se précipiter vers lui à toute vitesse une femme, la nature prévoyante ayant doté la gent féminine d’un fort sentiment maternel envers leur progéniture, une femme assez jeune, blonde, tout ce qu’il y a de plus charmante, qui discutait alors en toute tranquillité assise sur un banc avec, je le suppose, d’autres mères de ses amies, et ayant rejoint son enfant qui venait de chuter lui donna sans une seule seconde d’hésitation une claque, mouvement du bras tout à fait naturel qui aurait pu paraître déplacé peut-être en un tel moment pour un enfant qui n’attendait que du réconfort mais qui, je pense au contraire, ne méritait dans l’absolu pas mieux, ayant en une seule action dérangé sa pauvre mère et sali ses vêtements, et cette claque que j’approuve totalement eut un effet qui quoique sans doute non escompté mais finalement fort prévisible, dans notre société de consommation qui ne tend qu’à déifier les enfants, ces derniers n’ayant aucune conscience du sacrifice de leurs parents pour eux, afin qu’ils aient le meilleur et surtout une vie agréable et jamais éprouvante, utopie qui vole en éclat dès qu’ils quitte le cocon familial, à savoir un deuxième cri, encore plus déchirant que le premier mais qui me laissa bien évidemment de marbre, comme il se doit, ayant pris pour habitude de ne pas m’émouvoir ou pire, m’attendrir, de ce genre de spectacles.



La Proverbationale

Araignée du soir : espoir.
Il faut bien que jeunesse se passe.
Qui aime bien châtie bien.



L’Interviewale

- Monsieur, bonjour.
- Bonjour.
- Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
- C’est tout naturel. Et il me semblait indispensable de témoigner de ce que j’avais vu.
- Justement, venons-en au fait : vous avez été le témoin d’une scène qui s’est déroulé il y a quelques jours. Racontez-nous.
- Tout à fait. J’ai vu un enfant tomber brusquement d’une balançoire sur laquelle il s’amusait.
- Et que s’est-il passé ensuite ?
- Il a évidemment crié, ce qui a alerté sa maman qui est arrivée en courant et lui a mis une claque.
- Quelle a été la réaction de l’enfant ?
- Il a crié à nouveau.
- Quand s’est passé cet événement ?
-  Jeudi dernier. Je ne me souviens plus de l’heure exacte mais le soir était presque tombé.
- Merci beaucoup monsieur pour ces précieux détails concernant cette affaire sur laquelle il faudra bien sûr faire toute la lumière.
- Merci à vous.



La Michauxienne (3)

Alors que la libucque marminait à sa pratèle, un manage s’espudrinait dans un endosque du rague. Il emparouilla torsument de la tocarte et barufla un enguro. Sa ripadière se mentasla et lui tandora une drâle, ce qui le pemmarphit une tantasse lérou.



La Consonnale

Lrs q l’prs-md tcht s fn, n nfnt s’mst dns n sqr d cntr-vll. L tmb brsqmnt d l blnçr t pss n cr. S mmn s prcpt t l dnn n clq c q l ft cr n dxm fs.



L’interrogationale

Pourquoi la journée était-elle presque finie ? Pourquoi cet enfant s’amusait-il dans ce square du centre-ville ? Pourquoi est-il tombé d’une balançoire ? Pourquoi a-t-il crié ? Pourquoi sa maman a-t-elle accouru ? Pourquoi lui a-t-elle mis une claque ? Pourquoi l’enfant a-t-il encore crié ?  Le saura-t-on un jour ?



La Beckettienne (4)

Pièce en un acte
La scène se passe de nos jours, dans un square.

Scène 1
L’ENFANT, LA MERE, LES ENFANTS, LES MERES
Plein feu chaud : une fin d’après-midi. A l’avant-scène, côté cour : un banc public, dos à nous, LA MERE et LES MERES y sont assises dès le début de la scène; conversation silencieuse mais animée. Côté jardin : une balançoire, au moins. Liberté au metteur en scène. Autant d’enfants que de mères.  L’ENFANT est déjà sur la balançoire au début de la scène. Le mur du fond représentera de façon figurative ou évocative, au choix, des maisons, des arbres… Liberté de figuration. Ambiance vivante.

Un long temps.
Noir bref.

Scène 2
Les mêmes

L’ENFANT, tombant soudain de la balançoire : Aïe ! (ce « aïe » sera crié de façon à ce que l’on entende « ah » plutôt que déclamé tel quel. L’intention doit être sincère. Sanglots dans la voix. On doit sentir dans cette interjection toute la surprise, la douleur, la peur et l’innocence de l’enfant. Cela sera attendrissant ou pathétique, selon.)

Scène 3
Les mêmes

LES MERES, LA MERE, sursautant toutes de surprise et de peur : Oh ! (ce « oh » sera très bref pour LES MERES, le temps de voir que ce n’est pas leur enfant, mais plus long pour LA MERE, exprimant sa lassitude, sa colère, ou sa compassion, selon l’antécédent choisi par l’actrice).

Scène 4
Les mêmes

LA MERE, courrant vers L’ENFANT et lui donnant une claque : Tiens ! (ce « tiens » contient toute l’explication de son geste. Ne pas oublier de lui faire un sort. Liberté au metteur en scène de le faire comprendre : bascule plein feux froid ou découpe, bruitage, réaction mimée de la figuration..)

L’ENFANT : Aïe ! (ce « aïe » cette fois crié plus fort se rapprochera plus d’un vrai « aïe » que d’un « ah ». Exprimer toute la douleur, l’incompréhension, la colère, et l’innocence disparue mais pas tout à fait de l’enfant).

Noir.




La Entropienne

Alors que l’après-midi, éclipse et tempête, touchait à sa fin, un enfant, porc-épic et Stradivarius, s’amusait dans un square, caravansérail et galoche, du centre-ville, moteur et clapier. Il tomba brusquement, herboriste et ruissellement, de la balançoire, crocodile et jujube, et poussa un cri, bilboquet et saltimbanque. Sa maman, chiendent et pistache, se précipita et lui donna une claque, homard et expédient, ce qui le fit crier une seconde fois, étincelle et vertébré.



L’Atrabilairiale

Je déteste la fin de la journée. Je me demande bien ce que je faisais au centre-ville à côté de ce square à ce moment-là, parce que je déteste les squares. Et je déteste les enfants : ils ne savent que pleurer et jouer toute la journée. Et celui-là qui s’amuse sur sa balançoire ! Il a l’air heureux, et je déteste les gens heureux ! Et voilà, il est tombé, et il crie maintenant ! C’est bien fait pour lui. Quel besoin il avait de s’amuser sur cette balançoire, franchement ? Tiens, une claque de sa mère ! Et il recommence à crier ! Ca lui apprendra, je déteste les gosses qui crient !



L’Hésitative

Etait-ce le matin ou l’après-midi ? Je crois me souvenir que c’était en fin d’après-midi mais je n’en suis pas sûr… Il me semble aussi que cela se passait dans un square… oui, un square du centre-ville je crois… Ca devait être un enfant… oui, il s’amusait dans le square mais il est tombé d’une balançoire il me semble. Et là… attendez… laissez-moi me souvenir… sa maman est arrivée et… elle lui a mis une claque je crois bien. Et là… je pense que l’enfant a dû crier une seconde fois, oui ça doit être cela.



La Contemporainale

Ziva mec, écoute-moi, j’ai matté un truc l’aut’ jour que j’ai trop kiffé : j’étais sur ma mob’ dans la cité et là y’a un p’tit qui s’est ramassé, t’sais, mais grave de chez grave quoi. Il gueulait tellement qu’y’a sa vieille qui s’est ramené, t’sais. Et là elle lui a balancé une de ces droites, mec, c’était énorme ! Il avait dû salir ses fringues, t’sais. Et là le mioche il a encore plus gueulé mais moi j’étais mort de rire de matter ça !



La Tardieusienne (5)

Alors que la peluche touchait à son mitron, un galet se sucrait dans un trou du lampion. Il repiqua tendrement de la pitance et moulu un cuivre. Sa boulette se rançonna, lui siffla une soupière, et il moulu une deuxième potence.



L’Imaginariale

Le soleil était en train de s’écraser sur la Terre très délicatement et sans aucun bruit, et de grands coquelicots et tournesols volaient dans le ciel. Je me suis retrouvé tout à coup au centre-ville, mais à la place du square se trouvait une immense Poste. Je me suis mis à faire la queue comme tout le monde. Il y avait un monde fou, ça poussait de tous les côtés, j’étais à moitié écrasé quand une vieille dame me saisi soudain par la main et m’entraîna en dehors de la foule. Le square est réapparu et elle me demandait de la pousser à la balançoire. Comme elle me rappelait vaguement ma tante, je lui ai obéi et nous sommes allé faire de la balançoire. Mais à peine avions-nous commencé que je n’en avais plus envie. Je la poussai très fort d’un coup et elle tomba brutalement de la balançoire. Riant aux éclats et ne faisant pas attention au milliers de personnes âgées qui nous fixaient en souriant appuyées sur leurs cannes, je me suis approché d’elle, et je vis en fait un enfant qui criait. Le sol s’est mis à trembler, et un géant à barbe rose est apparu en courant vers nous.  J’étais tétanisé et je n’avais plus la force d’aller me cacher. Le géant mit une claque à l’enfant qui l’appelait maman. L’enfant a encore crié, il criait très fort, et c’est là que je me suis réveillé.



L’indécisationale

C’était en… Alors que… Un enfant se… Enfin vraiment il… Soudain il… Oh, ce n’était pas un… Mais il… Et sa maman se… Et puis… Et c’est ça qui… Mais il… Enfin bref !



L’Egocentrale

Moi j’aime bien la fin de l’après-midi. Moi je passe souvent à côté du square au centre-ville. Moi j’ai vu un enfant qui tombait d’une balançoire. Moi j’ai entendu q’il criait. Moi j’ai vu sa maman se précipiter et lui donner une claque. Moi j’ai entendu qu’il a encore crié.



La Professeurdefrançaisale

- A quel moment se déroule l’action ?
- En fin d’après-midi.
- Bien. Quel est le lieu de l’action ?
- Le centre-ville.
- Soyez plus précis.
- Un square dans le centre-ville.
- Justifiez vos réponses !
- C’est marqué.
- Bon. Quels sont les protagonistes de l’action ?
- Un enfant et sa maman.
- Oui. Quelle est la situation initiale ?
- L’enfant s’amuse sur une balançoire.
- Quel est l’élément déclencheur ?
- Il tombe de la balançoire.
- Première péripétie ?
- Il crie.
- Deuxième péripétie ?
- Sa maman coure vers lui et lui met une claque.
- Troisième péripétie ?
- L’enfant crie encore.
- Et la situation finale ?
- L’histoire ne le dit pas.
- Et quelle morale peut-on en tirer ?
- C’est l’heure d’aller en récré M’dame !



La Subjectivalebis

L’après-midi était presque finie et il commençait à faire frisquet. C’est fou comme je déteste aller dans ce square ! M’ennuyer un bon moment à regarder mon fils dans les jeux et supporter l’insupportable : la conversation des autres idiotes de mère qui prennent leurs enfants pour des princes et se croient intéressantes – c’est peut-être ça le pire. Et puis elles m’agaçaient tellement à ne pas vouloir me croire quand je disais que je ne passais aucun caprice à mon fils que quand il est tombé de la balançoire, je suis allé lui mettre une claque, pour qu’elles voient un peu. Non mais !



Quelques explications, peut être nécessaires :

(1) : la Translationale
Remplacer chaque nom par le mot de la même nature qui suit dans le dictionnaire.

(2) : la Perrecienne
A la manière de l'auteur Georges Perrec dans son roman "la Disparition", la lettre "e" n'est pas une seule fois utilisée (à part quatre fois dans le titre bien sûr !)

(3) : la Michauxienne
Utilisation, comme le poète Henri Michaux, de néologismes, des mots qui n'existent pas, inventés pour traduire une idée.

(4) : la Beckettienne
Caricature de Samuel Beckett, auteur de théâtre qui accordait une place très importante aux didascalies.

(5) : la Tardieusienne
Utilisation d'un mot à la place d'un autre, à la manière de l'auteur Tardieu qui jouait beaucoup avec les mots.

Mission du poète...

le 20/03/2008 à 22h00

Regarde. Ecoute. Chante. Ris. Et pleure.

Cherche la direction et sonde les coeurs.

Elargis les distances. Mesure l'infini.

Soumet la muse et amuse la pluie.

Offre l'harmonie. Habite le monde.

Joue-toi du silence et lance une ronde.

Calme les conflits. Pacifie les rapports.

Ecoute l'inouï et ne parle que d'or.

Contemple l'invisible. Maîtrise l'intimité.

Distribue la vie et dilate l'immensité.

Puise ton souffle aux rayons de la lune.

                     Essaye. Adore. Capture...
                                      et prend ta plume.

Au bout de l'infini...

le 18/03/2008 à 12h15

Mal assis, fatigué, mes oreilles sont closes
Et je quitte sans bruit ce présent qu'on m'impose.
Maintenant laissez-moi ! Mes regards affamés
Se posent en silence sur l'ailleurs désiré.
Je suis seul et je sais que l'aurore là-bas
Déjà chasse la nuit et ne s'arrête pas,
Se jetant doucement sur un palais mauresque,
Fait resplendir l'or fin de sa plus belle fresque.

Horizon tu m'attends. Je songe et je m'élance :
Je suis un chevalier transperçant de sa lance
Chimères et dragons menaçant ma promise.
L'Aurore aux doigts de rose envoie sa douce brise
Et me voilà soudain, officier menaçant,
Attendant le signal et bouillant en dedans.
Les plus grandes armées sous mon commandement,
Je conquiers l'Asie, l'Afrique et l'Orient.
Puis un nuage bleu m'emporte loin d'ici,
Dans un temps suspendu au bout de l'infini.
Des fruits me sont offerts et l'on chante pour moi
L'hymne qui d'ordinaire est réservée aux rois.

Puis en fermant les yeux, je sens sur tout mon corps
La chaleur et le froid qui se battent encore.
Alors autour de moi je retrouve soudain
Les trop grises journées qui font mon quotidien.
Je peux dire aujourd'hui moi qui suis enfermé :
- J'ai vécu mille vies et je ne puis rester.

Apologie du rôle...

le 28/02/2008 à 18h00

Je suis un Lorenzo, je suis un Perdican,

Je suis un Sganarelle ou bien un Dom Juan.
Je puis être à loisir un Roméo sublime
M'élever par amour jusqu'aux plus hautes cîmes,
Et devenir ensuite un Géronte grotesque
Qui dans un rire gras tombe dans le farcesque.
Je puis même à mon tour attendre ce Godot
Ou bien aimer Chimène et Marianne aussitôt.
Je puis être un tartuffe, un scapin, un avare,
Et jouer de l'amour comme ou joue du hasard.
Je puis tout à la fois faire rire ou pleurer
Et l'on peut aussi bien me haïr que m'aimer.
Je suis un, je suis cent, je suis autre par toi,
Mes sentiments sont foule et mon esprit est droit.
Cyrano, son panache, et pour le monde, toi.
Théâtre, je t'adore: tu fais partie de moi.

Abba, Père !

le 27/02/2008 à 14h20

Approche-toi mon fils, entends, je t'en supplie,
Les conseils d'un Père, t'aimant plus que sa vie.
Ne permets surtout pas que le doute et son poids
Aggravent ton esprit, affaiblisse ta foi.
Ne permets surtout pas que l'égoïste dard
Blesse ton pauvre coeur et trouble tes regards.
Ne permets surtout pas que la colère en flamme
Embrase tout ton corps et transperce ton âme.
Ne permets surtout pas que l'entrave du faux
Asservisse ton être en rêves immoraux.
Ne permets surtout pas que les foudres haineuses
Déchirent ta raison en pensées malheureuses.
Je t'en supplie mon fils, chasse toutes tes peurs
Et devient comme moi doux et humble de coeur,
Car au moment unique où je remets l'esprit,
Je t'aime tellement que je t'offre ma vie.

"JE" est un autre...

le 13/01/2008 à 14h30

Comment j'ai rencontré mon père...



Samedi 17 novembre

Toi.
Je te déteste.
Non.
J'ai presque réussi à t'aimer.
Non.
Je te détestais.
Un peu.
Non.
Beaucoup.
Beaucoup trop.

Et puis arrête ! Ce n'est pas à toi que je veux parler. D'ailleurs je ne veux plus te parler. Non, pas tout à fait. Parce que je t'aime. Non. Pas tout à fait non plus...

Tu vois ce que tu fais sur moi ? Tu vois dans quel état je suis ? Je ne sais même plus quoi penser. D'abord j'ai dit que je ne voulais plus t'adresser la parole !

Mais là je n'en peux plus. Je suis comme Cyrano sous le balcon de Roxanne, qui voulait jeter en touffe tous les mots qui lui viendraient, sans les mettre en bouquet. Mais pour une raison si éloignée de la mienne ! Moi aussi je veux vous jeter tous ces mots qui me viendront, sans les choisir, sans les organiser, sans le mettre en bouquet... mais plutôt que de les jeter, les laisser couler sur ma feuille.

Comme mes larmes.


C'est amusant comme les souvenirs peuvent être trompeurs. Ou peut être pas tant... Ce n'est pas facile de se fier à ces illusions. Ses illusions... Des chimères évanescentes, comme disait mon frère, trop heureux d'utiliser deux mots compliqués dans une seule expression. Ainsi j'ai beau fouiller tous les tiroirs de mes souvenirs, je n'en retrouve aucun d'un moment passé avec toi dans toute mon enfance. Moment heureux, bien sûr. Pleinement heureux de par sa simplicité même. Des moments de profonde et joyeuse amitié entre un père et son fils, qui n'existent pour moi que dans les clichés des mauvais films américains.

Tu étais si souvent absent... Les mois semblaient réglés par les fois où il fallait t'embrasser et t'aider à porter tes valises et celles où il fallait t'embrasser, t'aider à décharger tes valises, et - pire que tout - écouter le récit de ce voyage, si peu passionnant. Mais aurions-nous pu te reprocher de nous raconter cela lorsque toute la familles étant attablée pour le dîner, tu nous  racontais en détail tant de choses qui ne nous intéressaient pas, sans accepter que nous puissions placer plus d'un mot pour revenir à une conversation qui nous concernait, ce qui te faisait presque toujours exploser de colère. Ca, ou te vexer comme un gamin. La deuxième solution devint d'ailleurs de plus e plus courante en vieillissant. Mais toujours aussi détestable. Et ridicule.

Ainsi donc pendant tes longues absences j'avais appris à vivre sans toi, à me passer de toi, chose horrible et terrible, je m'en rend compte aujourd'hui. Comment faire autrement ? A qui raconter ma journée à l'école ? A qui montrer ma petite blessure au doigt ? A qui faire signer mon carnet de notes ? A maman. Maman qui étais toujours là. Et qui savait tellement mieux que toi nous montrer qu'elle nous aimait. Elle était douée maman, avec les enfants. Avec ses enfants. Bien plus que toi.


Dimanche 13 janvier

Je reprends ma plume que l'émotion, la fois dernière, m'avait obligé à abandonner. Je ne me sentais alors pas capable d'aller plus loin. Le sujet surpassant le disant, comme l'a dit Stendhal. Ou peut-être simplement la tristesse surpassant ma faiblesse. Car comment l'évoquer, elle, maintenant, sans que mon esprit se brouille et que ma main ne tremble ? Maman. Je pourrais lui dire aujourd'hui, lui dire tout ce que je voulais lui dire. Mais ça ne servirait plus rien. Il est trop tard, je le sais. Et c'est sûrement ça le pire. D'en être conscient. Je me suis toujours imaginé que c'est toi qui partirais avant elle. C'est stupide, n'est-ce pas ? Alors quand j'ai entendu de loin, de très loin à l'autre bout du fil, la voix de mon oncle me dire... me dire qu'elle n'avait pas survécue à l'opération... pour son cancer de la thyroïde, j'ai cru que l'horloge de ma vie s'était arrêtée. J'ai crue que sa vie, en la quittant loin de moi, m'aspirait avec elle, à sa suite, dans les hauteurs de l'infinité, pour ne pas la quitter, pour être avec elle, dans l'éternité. Je l'ai cru. Ou je l'ai voulu.

Toi. Tu n'étais pas là. Evidemment, devrais-je rajouter. Revenu en vitesse d'un voyage d'affaires, tu m'as serré dans tes bras dès que je suis venu à ta rencontre. Inutile de parler des larmes. Elles s'imposaient à nous. Acides. Blessantes. Indispensables. Tu m'as serré dans tes bras comme jamais tu ne l'avais fait. Avant. Et tu m'as parlé. Longtemps. Sans interruption. Sans cesser de me serrer. C'est là que je me suis aperçu que tu avais une belle voix. Chaude. Grave. Réconfortante. C'est là que je me suis aperçu qu'être dans tes bras n'était ni ridicule ni désagréable. C'est là aussi que je me suis aperçu que je t'aimais autant que maman, mais que je n'étais jamais arrivé à te le dire. A me le dire. C'est ce jour là, à cet instant précis, que je t'ai enfin rencontré. Pour la première fois.

Depuis, bien du temps a passé. Mais ces souvenirs, eux, ne sont pas passés. Ce moment-là fut comme une pause dans le cours normal de ma vie. Un instant entre parenthèses. Une bulle, que je n'ai jamais voulu faire exploser. Et le souvenir est comme une passerelle, entre ce moment, et aujourd'hui. Tout à l'heure j'ai quitté la table. Sans te regarder. Je passe ma main sur ma joue, encore rouge. On n'arrivera jamais à s'apprivoiser. Evidemment, devrais-je rajouter.

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